La théorie de la valeur de Marx


I- La valeur d'usage
            1- valeur d'usage personnelle
            2- valeur d'usage sociale

II- Travail et propriété
            1- définition de la propriété
            2- définition du travail
            3- travail utile
            5- propriété de soi, de son temps : liberté et aliénation
            6- caractère historique de la propriété

III- La valeur d'échange
            1- définition d'une marchandise
            2- valeur d'échange d'une marchandise
            3- valeur individuelle d'une marchandise
            4- composition d'une marchandise

IV- Prix et plus-value
            1- définition du prix
            2- définition de la plus-value
            3- la loi de la valeur

V- Argent
            1- l'argent-marchandise
            2- le capital
            3- l'argent-dette

VI- La force de travail
            1- valeur créée par la force de travail
            2- prix de la marchandise force de travail et plus-value
            3- travail productif et travail improductif

VII- Cas remarquables
            1- l'air et les cailloux
            2- les antiquités
            3- la propriété intellectuelle



I- La valeur d'usage




1- valeur d'usage personnelle

La vie des animaux et des hommes est caractérisée par un certain nombre de besoins. Dans son environnement, l'animal trouve un certain nombre de choses qui répondent à ces besoins. Ces choses sont des valeurs d'usage personnelles, subjectives.

Marx dit : « La nature de ces besoins est indifférente et peu importe qu'ils proviennent de l'estomac ou de l'imagination. »

Lénine dit : « L'utilité d'une chose en fait une valeur d'usage. »

Valeur d'usage pour moi = objet qui satisfait mon besoin personnel



2- valeur d'usage sociale

Dans la société, un objet peut avoir une valeur d'usage personnelle pour un ou plusieurs individus. Cet objet devient alors une valeur d'usage sociale, il est utile à quelqu'un dans la société. La valeur d'usage sociale, c'est donc la somme des valeurs d'usages personnelles.

Valeur d'usage sociale = objet qui satisfait un besoin de personnes dans la société

C'est une donnée objective.



II- Travail et propriété


1- définition de la propriété

La propriété est un rapport entre la conscience et un objet. Un rapport où la conscience a un pouvoir effectif sur l'objet. C'est donc un rapport sujet-objet.

Par exemple : ce stylo est à moi, parce que ma conscience exerce un contrôle effectif sur ce stylo. Ma pensée "déplacer le stylo vers le droite" est suivie directement du déplacement effectif du stylo vers la droite.

Autre exemple : cette voiture n'est pas à moi, parce que même si je pense "démarrer cette voiture", j'en suis incapable physiquement, la porte est fermée et je n'ai pas la clé. Ce n'est donc pas ma propriété. Si je vole cette voiture, elle devient ma propriété.

Donc, je suis propriétaire d'un objet, si... ma conscience exerce un contrôle effectif sur cet objet.



2- définition du travail

Nous avons vu ce qu'étaient la propriété et la non-propriété.

Qu'est-ce que le travail ? Le travail n'est pas un simple mouvement mécanique. Nous avons vu que pour un homme, sa non-propriété d'un objet signifiait que sa conscience n'a pas de contrôle sur l'objet. Le travail est l'activité par laquelle l'homme déploye l'effort nécessaire pour transformer ce qu'il trouve dans la nature et lui donner la forme de l'objet tel qu'il l'avait imaginé dans sa tête.

Le travail est donc l'activité de la conscience qui cherche à produire un objet qu'elle imagine en transformant les objets de son environnement. Le produit du travail se conserve dans l'objet transformé, on parle de "travail cristallisé".

Marx dit : « Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature L'homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. [...]
Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l'imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles; il y réalise du même coup son propre but, dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action, et auquel il doit subordonner sa volonté.
»

Nous voyons donc ici que le travail suppose la conscience, et que le travail crée la propriété. C'est ce qui fait qu'une machine par exemple, ne travaille pas : elle n'est qu'un outil de travail, un intermédiaire entre l'homme et son but. Elle transmet une force mécanique mais n'a pas de conscience. Elle est la forme objective de la propriété. Si un jour une machine devient consciente, alors elle pourra travailler.

Marx dit : « Notre point de départ, c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond par la structure de ses cellules de cire l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c’est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. »

Nous voyons donc que le travail est l'activité qui crée la propriété. L'un et l'autre sont étroitement liés. Marx dit : « L'essence subjective de la propriété privée, la propriété privée, comme activité étant pour soi, comme sujet, comme personne, est le travail. »

Pour Marx, les animaux ne travaillent pas car ils n'auraient pas de conscience. On peut relativiser ce point de vue aujourd'hui, la science ayant montré que les animaux sont capables d'imaginer l'exécution d'une tâche avant de la réaliser. Ils peuvent donc également travailler.

En fait, la condition du travail, c'est la conscience de soi ; et la conscience de soi, c'est aussi la conscience du temps. Les machines actuelles n'ont qu'une conscience primitive tournée exclusivement vers l'extérieur, comme les insectes.



3- travail utile

En même temps tout travail n'est pas forcément utile. Par exemple empiler des boîtes de conserve, découper des feuilles d'arbre, etc.

Dès lors on distingue d'un côté le travail en général ; et de l'autre, le travail utile, qui est, ou qui crée une valeur d'usage ou une valeur d'usage sociale.

La théorie de la valeur s'intéresse en fait au travail utile.



5- la propriété de soi, de son temps : liberté et aliénation

La propriété de soi, c'est le contrôle effectif que la conscience exerce sur elle-même en tant qu'objet. La propriété de soi, qui suppose la conscience de soi, est donc la liberté au sens marxiste du mot.

La propriété de soi se manifeste par la propriété de son temps.

L'inverse de la propriété de soi, c'est l'aliénation, quand un autre (alienus en latin), exerce un contrôle effectif sur soi.

Par exemple dans le capitalisme, le travailleur n'a pas la propriété de lui-même pendant les heures de travail. Son temps n'est plus sa propriété : il l'a vendu au capitaliste, il s'est aliéné son temps. Le produit de son travail n'est donc pas non plus sa propriété. C'est d'ailleurs précisément ce que cherche le capitaliste.

Dans la définition du travail, je disais que le travail est une activité de la conscience qui cherche à produire un objet qu'elle imagine en transformant les objets de son environnement.




6- caractère historique de la propriété

La propriété est une catégorie déterminée historiquement. Par exemple la propriété de certaines choses est impossibles à certaines époques où le rapport entre les hommes l'empêche. Par exemple la propriété de la terre était impossible à l'époque où les hommes étaient nomades. La propriété des objets n'était pas possible avant la division du travail qui permet de les fabriquer. La propriété privée des moyens de production n'était pas possible avant l'existence de la propriété des objets. Chaque société permet le développement ou non d'un certain type de propriété, et la propriété juridique n'en est que le reflet sous forme de textes.




III- La valeur d'échange


1- définition d'une marchandise

Marx dit : « La marchandise est d'abord un objet extérieur, une chose qui par ses propriétés satisfait des besoins humains de n'importe quelle espèce. Que ces besoins aient pour origine l'estomac ou la fantaisie, leur nature ne change rien à l’affaire. »

Lénine dit à sa façon : « La marchandise est, en premier lieu, une chose qui satisfait un besoin quelconque de l'homme; en second lieu, c'est une chose que l'on échange contre une autre. »

Donc une marchandise, c'est un objet qui est une valeur d'usage sociale et qui s'échange contre d'autres valeurs d'usages sociales.

« Mais la condition nécessaire de l'échange est la propriété privée » (Marx)

Par conséquent la valeur d'échange et la marchandise n'existent pas en dehors de la propriété des objets échangés. Et cette propriété est historiquement déterminée par la division du travail.



2- valeur d'échange d'une marchandise

Marx dit : « L'utilité d'une chose fait de cette chose une valeur d'usage. [...] Les valeurs d'usage ne se réalisent que dans l'usage ou la consommation. Elles forment la matière de la richesse, quelle que soit la forme sociale de cette richesse. Dans la société que nous avons à examiner, elles sont en même temps les soutiens matériels de la valeur d'échange. »

Autrement dit, l'utilité d'une chose fait de cette chose une marchandise. Mais ce qui reste à déterminer, c'est ce qu'est exactement la valeur d'échange.

Marx dit : « La valeur d'échange apparaît d'abord comme le rapport quantitatif, comme la proportion dans laquelle des valeurs d'usage d'espèce différente s'échangent l'une contre l’autre. »

La valeur d'échange est la valeur objecitve, la valeur tout court.

Marx dit : « La valeur d'usage des marchandises une fois mise de côté, il ne leur reste plus qu'une qualité, celle d'être des produits du travail. Mais déjà le produit du travail lui-même est métamorphosé à notre insu. Si nous faisons abstraction de sa valeur d'usage, tous les éléments matériels et formels qui lui donnaient cette valeur disparaissent à la fois. Ce n'est plus, par exemple, une table, ou une maison, ou du fil, ou un objet utile quelconque ; ce n'est pas non plus le produit du travail du tourneur, du maçon, de n'importe quel travail productif déterminé. Avec les caractères utiles particuliers des produits du travail disparaissent en même temps, et le caractère utile des travaux qui y sont contenus, et les formes concrètes diverses qui distinguent une espèce de travail d'une autre espèce. Il ne reste donc plus que le caractère commun de ces travaux ; ils sont tous ramenés au même travail humain, à une dépense de force humaine de travail sans égard à la forme particulière sous laquelle cette force a été dépensée. »

Marx reformule d'une autre façon : « Une marchandise particulière, un quarteron de froment, par exemple, s'échange dans les proportions les plus diverses avec d'autres articles. Cependant, sa valeur d'échange reste immuable, de quelque manière qu'on l'exprime, en x cirage, y soie, z or, et ainsi de suite. Elle doit donc avoir un contenu distinct de ces expressions diverses. [...] Les deux objets sont donc égaux à un troisième qui, par lui-même, n'est ni l'un ni l'autre. [...] Il ne reste donc plus que le caractère commun de ces travaux ; ils sont tous ramenés au même travail humain, à une dépense de force humaine de travail sans égard à la forme particulière sous laquelle cette force a été dépensée. [...] Le quelque chose de commun qui se montre dans le rapport d'échange ou dans la valeur d'échange des marchandises est par conséquent leur valeur ; et une valeur d'usage, ou un article quelconque, n'a une valeur qu'autant que du travail humain est matérialisé en elle. »

Essayons d'expliquer ce que dit Marx. Parler de la valeur d'échange d'une marchandise, c'est supposer qu'on parle d'une marchandise. Si on parle d'une marchandise, alors on sait déjà que l'objet dont on parle est un objet utile socialement et qu'il s'échange. Qu'une marchandise soit utile à une personne ou à mille ne change rien. Le fait qu'elle s'échange prouve qu'elle est utile à au moins une personne.

Si ce n'est pas l'utilité qui différencie une marchandise d'une autre, alors il ne reste plus qu'une différence. Et cette différence, c'est le temps de travail que nécessite en général la production d'une marchandise identique.

Mais pourquoi le temps de travail constitue la valeur d'échange ? Mais parce que le travail, c'est la dépense de son temps. Ce qu'échangent les hommes, à travers les marchandises, c'est en fait leur temps. Et leur temps, c'est eux-même, c'est à dire la propriété de soi. Nous mesurons donc toute valeur à l'aune de ce étalon : le temps dépensé, le temps, qui s'en va et est irremplaçable.

Marx résume donc : « Mais qu'est ce que la valeur ? La forme objective du travail social dépensé dans la production d'une marchandise. Et comment mesurer la grandeur de valeur d'une marchandise ? Par la quantité de travail qu'elle contient. »

D'où la formule :

Véchange (marchandise) = Tmoyen



où Tmoyen est le temps moyen de travail socialement nécessaire à la production de la marchandise.

Marx de conclure : « Dire que la division du travail et l'échange reposent sur la propriété privée n'est pas autre chose qu'affirmer que le travail est l'essence de la propriété privée »

Notez que Tmoyen est un travail abstrait, une moyenne. Si par exemple vous trouvez un diamant par terre, cela ne change pas vraiment la valeur du diamant. Car ce qui compte n'est pas le temps de travail que vous avez dépensé vous-mêmes pour trouver le diamant, mais le temps moyen de travail nécessaire en général pour trouver un même diamant. On se doute bien que si tout le monde était aussi chanceux que vous et trouvait des diamants par terre comme ça, alors les diamants ne vaudraient rien.

Marx dit : « On pourrait s'imaginer que si la valeur d'une marchandise est déterminée par le quantum de travail dépensé pendant sa production plus un homme est paresseux ou inhabile, plus sa marchandise a de valeur, parce qu'il emploie plus de temps à sa fabrication. Mais le travail qui forme la substance de la valeur des marchandises est du travail égal et indistinct une dépense de la même force. La force de travail de la société tout entière, laquelle se manifeste dans l'ensemble des valeurs, ne compte par conséquent que comme force unique, bien qu'elle se compose de forces individuelles innombrables. Chaque force de travail individuelle est égale à toute autre, en tant qu'elle possède le caractère d'une force sociale moyenne et fonctionne comme telle, c'est-à-dire n'emploie dans la production d'une marchandise que le temps de travail nécessaire en moyenne ou le temps de travail nécessaire socialement. [...] Le temps socialement nécessaire à la production des marchandises est celui qu'exige tout travail, exécuté avec le degré moyen d'habileté et d'intensité et dans des conditions qui, par rapport au milieu social donné, sont normales. C'est donc seulement le quantum de travail, ou le temps de travail nécessaire, dans une société donnée, à la production d'un article qui en détermine la quantité de valeur. »



3- valeur individuelle d'une marchandise

La valeur individuelle d'une marchandise est le temps de travail réel qui s'est incorporé en elle.

La valeur objective d'une marchandise, ce n'est pas sa valeur individuelle (le temps de temps de travail réel qui a été nécessaire à sa fabrication).

La valeur objective d'une marchandise, c'est le temps de travail moyen, social, abstrait nécessaire à la fabrication de cette marchandise dans la société donnée, à une époque donnée. C'est ce qu'illustre l'exemple du diamant dans le paragraphe précédent.

Dans notre exposé, et pour Marx également, concernant une marchandise : sa valeur, sa valeur objective et sa valeur d'échange sont trois expressions strictement équivalentes.



4- composition d'une marchandise

Une marchandise est souvent assemblée à partir d'autres marchandises. Par exemple la fabrication d'un t-shirt nécessite de la matière première (coton), des machines à tisser, etc. Toutes ces marchandises sont incorporées dans le t-shirt, leur valeur s'y transfère et s'y conserve.

Donc la valeur d'échange du t-shirt est en fait la valeur d'échange de toutes les marchandises qui y ont été incorporées, plus le temps de travail moyen nécessaire qu'il faut y ajouter. De sorte qu'en fait la valeur d'échange du t-shirt, c'est Tmoyen du coton + un millième du Tmoyen de la machine à tisser (si une seule machine peut fabriquer un millier de t-shirt pendant sa durée de vie) + Tmoyen d'assemblage par le travailleur qui finit le produit. Ce qui nous donne un Tmoyen final.






IV- Prix et plus-value


1- définition du prix

Le prix est la quantité dans laquelle une marchandise A va s'échanger dans les faits contre une marchandise B.

Par exemple, 2 bananes contre 10 pastèques. Le prix d'une banane serait alors 5 pastèques.

La différence entre valeur et prix est importante. Par exemple ce n'est pas parce que 1 montre vaut 30 bananes objectivement, que le prix auquel l'échange se fera sera de 1 contre 30.

Le prix se fixe en fonction d'un rapport de force entre l'acheteur et le vendeur, mais dans les conditions de la production capitaliste, il tend vers la valeur de la marchandise (loi de la valeur dont nous allons parler ensuite). L'offre et la demande sur le marché sont des éléments qui font pencher le rapport de force tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La force physique, psychologique, etc. entre aussi en jeu. Par exemple lors d'un braquage, je peux vous prendre 30 bananes en échange de 0 montres. Donc le prix est zéro. Mais cela ne change rien à la valeur des 30 bananes, c'est juste que cette valeur a changé de main.

Le vol, c'est quand le prix ne correspond pas à la valeur.



2- définition de la plus-value

Lors d'un échange, la plus-value est tout simplement la différence entre la valeur des deux marchandises échangées.

En effet, le seul échange équivalent sera par exemple 10 bananes contre 10 bananes strictement identiques.

Comme nous l'avons vu, dans la réalité, le rapport de force fait que l'échange n'est jamais équivalent. Autrement dit, les marchandises échangées n'ont pas la même valeur, l'un des deux côté à volé l'autre.

Cette plus-value se note : P.V. = | Véchange (marchandise 1) - Véchange (marchandise 2) |

(les barres autour signifie "valeur absolue", c'est à dire qu'on ne prend pas en compte le signe du résultat, ce ne sera jamais un nombre négatif)

Par exemple si je vous échange 30 bananes (en échange de 0 montres), alors la plus-value que j'ai faite est : P.V. = | 30 × Véchange (banane) - 0 × Véchange (montre)| = 30 × Véchange (banane). En gros je vous ai volé 30 bananes.

Le vol total un exemple extrême qui illustre très bien ce qu'est la plus-value, mais le principe reste le même dans n'importe quel échange.



3- la loi de la valeur

Le capitalisme a deux caractéristiques qui sont importantes : la production de bien en série par l'industrie moderne et la concurrence entre producteurs. Ces deux caractéristiques ont une conséquence majeure : le prix des marchandises tend vers leur valeur (il oscille autour), car la concurrence oblige les capitalistes à baisser leurs prix jusqu'à atteindre leur seuil qui sont les frais de production, qui contiennent en fait la valeur de la marchandise.

« Nous avons vu que, d'après la doctrine de Ricardo, le prix de tous les objets est finalement déterminé par les frais de production, y compris le profit industriel; en d'autres termes, par le temps de travail employé. Dans l'industrie manufacturière, le prix du produit obtenu par le minimum de travail règle le prix de toutes les autres marchandises de la même espèce, attendu qu'on peut multiplier à l'infini les instruments de production les moins coûteux et les plus productifs, et que la libre concurrence amène nécessairement un prix de marché, c’est-à-dire un prix commun pour tous les produits de la même espèce. » (Marx)

Marx explique donc que le prix des marchandises est conditionné par le temps de travail employé, c'est à dire en fait par la valeur de la marchandise.

« Contrairement à Adam Smith, David Ricardo a nettement dégagé le principe de la détermination de la valeur de la marchandise par le temps de travail et il montre que cette loi régit également les rapports de production bourgeois qui semblent le plus en contradiction avec elle. Les recherches de Ricardo se bornent exclusivement à la grandeur de valeur et, en ce qui concerne cette dernière, il soupçonne tout au moins que la réalisation de la loi suppose des conditions historiques déterminées. Ainsi, il dit que la détermination de la grandeur de valeur par le temps de travail n'est valable que pour les marchandises « qui peuvent être multipliées à volonté par l'industrie et dont la production est soumise à une concurrence illimitée ». Cela signifie seulement, en fait, que la loi de la valeur suppose, pour son complet développement, la société de la grande production industrielle et de la libre concurrence, c'est-à-dire la société bourgeoise moderne. » (Marx)

Marx parle de la libre concurrence, mais le système actuel fait de monopoles n'abolit pas du tout la concurrence entre capitalistes (au contraire il la renforce). Nous verrons plus tard justement cette condition que pose Marx (l'absence de monopole), concerne le cas où le monopole permet au capitaliste d'augmenter ses prix, ce qui dans la réalité, n'est jamais durable car le monopole ne supprime pas la concurrence mais tend au contraire à la renforcer (voir Lénine, l'impérialisme, stade suprême du capitalisme).

« La productivité du travail signifie le maximum de produits avec le minimum de travail, autrement dit, des marchandises le meilleur marché possible. Dans le mode de production capitaliste, cela devient une loi, indépendamment de la volonté du capitaliste. » (Marx)

« Les conditions suivantes doivent être remplies pour que les prix auxquels les marchandises s'échangent correspondent approximativement à leurs valeurs :

1. L'échange doit cesser d'être un événement exceptionnel ou occasionnel ;

2. Les marchandises, pour autant qu'elles soient échangées par troc, doivent être produites en quantités correspondant approximativement aux besoins des parties en présence (cette condition résultera de l'échange lui-même, car c'est l'expérience qui fera connaître quelles sont les quantités qui seront nécessaires) ;

3. Aucun monopole, soit naturel, soit artificiel, ne doit permettre à l'une des parties de vendre au-dessus de la valeur, ni la contraindre de céder au-dessous (nous entendons par monopole accidentel celui dont profite l'acheteur ou le vendeur lorsque se présente un rapport exceptionnel entre l'offre et la demande).

L'hypothèse que, dans chaque branche de production, la marchandise est vendue à sa valeur, signifie que cette valeur est le point autour duquel les prix de cette marchandise oscillent et auquel s'établit l'équilibre de leurs hausses et de leurs baisses continuelles.
» (Marx)

Cette loi précisément, c'est la loi de la valeur. Cette loi ne s'applique pas à toutes les marchandises selon Marx (qui cite l'économiste anglais Ricardo) bien qu'elle soit juste dans la plupart des cas. La loi de la valeur est donc la loi régulatrice du mode de production capitaliste. Cela ne veut pas dire que la valeur n'existe pas en dehors du mode de production capitaliste. C'est simplement que la loi de la valeur ne s'applique qu'à l'époque du capitalisme.

« La façon dont la société capitaliste s'équilibre avec la loi de la valeur est en fait un équilibre constamment détruit.

D'une part, chaque producteur marchand doit produire une valeur d'usage, c'est à dire satisfaire un besoin social déterminé; or, l'étendue de ces besoins diffère quantitativement et un lien intime les enchaîne tous en un système qui développe spontanément leurs proportions réciproques; d'autre part la loi de la valeur détermine combien de son temps disponible la société peut dépenser à la production de chaque espèce de marchandise. Mais cette tendance constante des diverses sphères de la production à s'équilibrer n'est qu'une réaction contre la destruction continuelle de cet équilibre.
» (Marx)

Sous le socialisme, les choses sont différentes puisqu'il existe encore l'industrie mais plus la concurrence. La planification devient la nouvelle loi régulatrice, et la valeur sert simplement d'étalon afin d'organiser la production.

Dans Misère de la philosophie, Marx aborde justement la question de la valeur. Il critique les projets du socaliste utopique anglais Bray, ce dernier envisageait un système où l'on supprimerait simplement la plus-value, mais en laissant le travail s'organiser spontanément. Marx démontre que dans de telles conditions, le capitalisme resurgit spontanément.

« si l'on suppose tous les membres de la société travailleurs immédiats, l'échange des quantités égales d'heures de travail n'est possible qu'à la condition qu'on soit convenu d'avance du nombre d'heures qu'il faudra employer à la production matérielle. » (Marx)

Sous le socialisme, il subsiste donc la division du travail, mais la loi de la valeur n'est plus la loi régulatrice, précisément parce que les travailleurs, organisés consciemment et propriétaires en commun des moyens de production, décident à l'avance du temps de travail de chacun, de ce qu'il faut produire, et chacun est rétribué en fonction de son travail. Les produits ne sont donc plus des marchandises, au sens où ils ne s'échangent plus, puisque les travailleurs en sont tous propriétaires une fois le produit terminé. Ce qui change, c'est le mode d'appropriation, la façon dont les produits du travail commun sont attribués. L'argent cesse alors d'être un moyen d'échange et devient un simple moyen d'appropriation individuelle des produits du travail commun, distribué sous forme de salaire en fonction du temps de travail individuel. Le socialisme conserve donc encore la forme de certaines choses passées telle que l'argent et la marchandise, bien que dans le fond il n'y ait plus ni échange privé, ni donc de marchandise. Comme la loi de la valeur n'est plus la loi régulatrice de la société, les crises de surproduction disparaissent.

« autant il est exact que l'échange privé suppose la division du travail, autant il est inexact que la division du travail suppose l'échange privé. Chez les Péruviens, par exemple, le travail était extrêmement divisé bien qu'il n'y eût pas d'échange privé, d'échange de produits sous forme de marchandises. » (Marx)

La question n'est donc pas "d'abolir" la loi de la valeur, mais plutôt de créer les conditions dans lesquelles celle-ci perd son rôle régulateur.

« N'importe quel enfant sait que toute nation crèverait qui cesserait le travail, je ne veux pas dire pour un an, mais ne fût-ce que pour quelques semaines. De même un enfant sait que les masses de produits correspondant aux diverses masses de besoins exigent des masses différentes et quantitativement déterminées de la totalité du travail social. Il est self-evident [il va de soi] que la forme déterminée de la production sociale ne supprime nullement cette nécessité de la répartition du travail social en proportions déterminées : c'est la façon dont elle se manifeste qui peut seule être modifiée. Des lois naturelles ne peuvent pas être supprimées absolument. Ce qui peut être transformé, dans des situations historiques différentes, c'est uniquement la forme sous laquelle ces lois s'appliquent. Et la forme sous laquelle cette répartition proportionnelle du travail se réalise, dans un état social où la connexité du travail social se manifeste sous la forme d'un échange privé de produits individuels du travail, cette forme, c'est précisément la valeur d'échange de ces produits.

Le rôle de la science c'est précisément d'expliquer comment agit cette loi de la valeur. Si l'on voulait donc commencer par « expliquer » tous les phénomènes qui en apparence contredisent la loi, il faudrait pouvoir fournir la science avant la science. C'est justement l'erreur de Ricardo qui, dans son premier chapitre sur la valeur, suppose données toutes les catégories possibles, pour démontrer leur conformité à la loi de la valeur, alors qu'il faut commencer par expliquer ces catégories.
» (Marx)

De même, les échanges marchands sont antérieurs au régime de production marchande développé moderne qu'est le capitalisme. La loi de la valeur n'était pas la loi régulatrice de la société avant l'apparition du régime de concurrence (aux alentours du 15ème siècle) et s'est renforcé avec l'industrie moderne (18ème siècle).

La théorie de Ricardo reste néanmoins la base sur laquelle Marx a élaboré sa théorie de la valeur. En fait, la loi de la valeur elle-même ne s'applique pas à toutes les marchandises, et ne s'applique pas non plus instantanément à chaque nouvelle marchandise, c'est plutôt une tendance.

« Ricardo nous montre le mouvement réel de la production bourgeoise qui constitue la valeur. (...) Ricardo prend son point de départ dans la société actuelle, pour nous démontrer comment elle constitue la valeur. (...) La détermination de la valeur par le temps de travail est, pour Ricardo, la loi de la valeur échangeable (...) La théorie des valeurs de Ricardo est l'interprétation scientifique de la vie économique actuelle (...) Ricardo constate la vérité de sa formule en la faisant dériver de tous les rapports économiques, et en expliquant par ce moyen tous les phénomènes, même ceux qui, au premier abord, semblent la contredire, comme la rente, l'accumulation des capitaux et le rapport des salaires aux profits; c'est là précisément ce qui fait de sa doctrine un système scientifique. » (Marx)

Enfin, Marx constate qu'avec la concurrence internationale sur le marché mondial, la loi de la valeur s'applique de façon encore plus importante.

« Dans son application internationale, la loi de la valeur est encore plus profondément modifiée, parce que sur le marché universel le travail national plus productif compte aussi comme travail plus intense, toutes les fois que la nation plus productive n'est pas forcée par la concurrence à rabaisser le prix de vente de ses marchandises au niveau de leur valeur. » (Marx)



V- L'argent


1- l'argent-marchandise

L'argent entre dans la chaîne des besoins de tout un chacun dans notre époque et dans notre société. De plus il s'échange. Par conséquent il répond aux deux critères, c'est une valeur d'usage sociale qui s'échange, donc on peut dire que l'argent est une marchandise.

Autrefois on utilisait des marchandises comme l'or, les perles, ou d'autres métaux précieux comme monnaie. En soi, cela ne garantissait jamais un échange juste car on ne sait jamais si une pièce d'or vaut ce contre quoi on l'échange. Autrement dit, l'échange par la monnaie au lieu du troc ne change rien à l'existence d'une plus-value au moment de l'échange.


2- le capital

Il faut faire la différence entre l'argent dans l'échange marchand (M-A-M) et l'argent dans l'investissement capitaliste (A-M-A').

Le deuxième schéma est ce qu'on appelle tout simplement l'argent-capital ou plus simplement capital.

Il est important de bien différencier l'argent en tant que moyen d'échange de marchandise et l'argent investi dans le but d'avoir plus d'argent (capital).



3- l'argent-dette

Aujourd'hui on utilise des billets ou des comptes en banque informatisés.

Ce qui s'échange par exemple, ce sont des bouts de papier, en tout point semblables avec des billets de monopoly. La valeur d'échange de ces marchandises « billets » est presque nulle.

Donc quand vous payez avec des euros, par exemple pour aller acheter du pain, eh bien vous volez la boulangère, car vous lui donnez une très faible valeur d'échange en échange contre une valeur d'échange supérieure (le pain).

Mais pourquoi les gens acceptent-ils de se faire payer avec des billets ou des 1 et 0 ? Parce que l'argent moderne est une promesse sur une marchandise future. Si vous détenez un billet de 10€ dans la main, alors vous avez la promesse d'une quantité de marchandises pour ce prix. La société vous fait la promesse que ce billet vous garantit cette quantité de marchandises. Ce n'est qu'une promesse et rien d'autre.

Mais les promesses n'engagent que ceux qui y croient ! D'où le nom "crédit", du latin "credire", qui signifie "croire". On échange la promesse d'une marchandise réelle (billet) contre une marchandise réelle. Tant que cette promesse n'est pas démentie, alors chacun vole tout le monde en achetant avec des billets puis se fait voler à son tour en vendant contre des billets ; de sorte que l'illusion qu'on échange des marchandises avec de vraies valeurs d'échange perdure.

L'argent moderne n'est donc qu'une dette. Et ces dettes circulent comme n'importe quelle marchandise. La valeur qu'on croit qu'elles ont et la valeur qu'elles ont réellement sont deux choses bien différentes...

Notons que l'argent-dette peut très bien être aussi du capital, et c'est d'ailleurs le cas d'une quantité importante de capital circulant à l'heure actuelle.



VI- La force de travail


1- valeur créée par la force de travail

Marx dit : « Regardons y de plus près. La valeur journalière de la force de travail revient à trois shillings parce qu'il faut une demi journée de travail pour produire quotidiennement cette force, c'est à dire que les subsistances nécessaires pour l'entretien journalier de l'ouvrier coûtent une demi journée de travail. Mais le travail passé que la force de travail recèle et le travail actuel qu'elle peut exécuter, ses frais d'entretien journaliers et la dépense qui s'en fait par jour, ce sont là deux choses tout à fait différentes. Les frais de la force en déterminent la valeur d'échange, la dépense de la force en constitue la valeur d'usage. Si une demi journée de travail suffit pour faire vivre l'ouvrier pendant vingt quatre heures, il ne s'ensuit pas qu'il ne puisse travailler une journée tout entière. La valeur que la force de travail possède et la valeur qu'elle peut créer, diffèrent donc de grandeur. C'est cette différence de valeur que le capitaliste avait en vue, lorsqu'il acheta la force de travail. L'aptitude de celle-ci, à faire des filés ou des bottes, n'était qu'une conditio sine qua non, car le travail doit être dépensé sous une forme utile pour produire de la valeur. Mais ce qui décida l'affaire, c'était l'utilité spécifique de cette marchandise, d'être source de valeur et de plus de valeur qu'elle n'en possède elle-même. C'est là le service spécial que le capitaliste lui demande. Il se conforme en ce cas aux lois éternelles de l'échange des marchandises. En effet le vendeur de la force de travail, comme le vendeur de toute autre marchandise, en réalise la valeur échangeable et en aliène la valeur usuelle. »

Expliquons ce que Marx dit. En fait, la force de travail est autre chose que le travail.

La force de travail est un travail potentiel, pas encore effectué. Et ce travail potentiel peut être une marchandise, c'est à dire s'acheter et se vendre. En tout cas, sous le capitalisme.

Par conséquent, la force de travail doit être considérée comme une marchandise, avec une valeur d'usage sociale et une valeur d'échange.

Qu'est-ce que la valeur d'échange d'une heure de travail ? C'est bien sur une heure de travail. Mais ce que nécessite l'entretien humain d'une heure de travail, et ce que cette heure de travail peut produire sont deux choses différentes. En mangeant un pain qui a nécessité par exemple 2h de travail, l'homme peut travailler 8h ou plus. L'homme peut produire plus de marchandises qu'il ne doit en consommer pour survivre, voilà ce qui le rend exploitable.

C'est cette différence que le capitaliste cherche à obtenir en achetant la force de travail, sachant pertinament que le travailleur peut survivre même s'il n'est pas payé intégralement pour le temps qu'il a vendu.



2- prix de la marchandise force de travail et plus-value

Marx dit : « Prenons maintenant le capitaliste. Que veut celui-ci ? Obtenir le plus de travail possible pour le moins d'argent possible. Ce qui l'intéresse pratiquement ce n'est donc que la différence entre la prix de la force de travail et la valeur qu'elle crée par sa fonction. Mais il cherche à acheter de même tout autre article au meilleur marché possible et s'explique partout le profit par ce simple truc : acheter des marchandises au dessous de leur valeur et les vendre au dessus. Aussi n'arrive-t-il jamais à s'apercevoir que s'il existait réellement une chose telle que la valeur du travail, et qu'il eût à payer cette valeur, il n'existerait plus de capital et que son argent perdrait la qualité occulte de faire des petits. »

Essayons d'expliquer ce qu'il dit. Comme toute marchandise, la force de travail a un prix au moment où elle s'échange. Et ce prix dépend du rapport de force entre l'acheteur et le vendeur.

En même temps que le capitaliste achète la force de travail, il s'appuie sur la propriété privée pour obtenir directement la propriété des marchandises produites par le travailleurs. Par exemple dans une usine d'iPhone, les iPhone produits sont directement la propriété de l'entreprise et non du travailleur, bien qu'il l'ait produit.

Si les travailleurs ont travaillé 8h, la valeur d'échange des marchandises produites en 8h et la valeur d'échange 8h de force de travail, sont une seule et même chose.

Or le capitaliste ne paye pas cette force de travail au prix juste, mais bien en-dessous. Et la raison, c'est que la force de travail est une marchandise, avec un marché, une offre et une demande. Il y a beaucoup plus de travailleurs en recherche d'un salaire que de capitalistes en recherche de travailleurs. De sorte que le capitaliste peut fixer le salaire à un prix qui l'arrange, c'est à dire le plus bas possible.

La différence entre la valeur d'échange de la force de travail et la valeur du salaire versé pour la force de travail forme une plus-value, semblable à n'importe quelle plus-value. Et c'est sur cette plus-value que s'appuie l'exploitation capitaliste.

En soi, que le travailleur travaille bénévolement ou exige un dédommagement ne change rien à la question. D'aucuns s'imaginent d'ailleurs que le communisme est une société de bénévoles, mais il n'en est rien. C'est au contraire dans le capitalisme que le travailleur est obligé de céder une partie de son temps gratuitement pour survivre.



3- travail productif et travail improductif

On distingue le travail productif et le travail improductif.

Le travail productif est celui dans lequel :

1- le travailleur produit une marchandise, un bien quelconque, une richesse matérielle qui est une valeur d'échange. Marx dit : « Du simple point de vue du procès de travail en général, est productif le travail qui se réalise en un produit ou, mieux, une marchandise. »

2- cette production se fait contre salaire dans le cadre de l'exploitation du capital, ce salaire est alors du capital variable investi par le capitaliste, et est inférieur à la valeur d'échange créée par le travailleur (plus-value). C'est donc le travailleur lui-même qui crée la valeur de son salaire (celle-ci n'étant qu'une partie de la valeur totale qu'il crée). Marx dit : « tout travailleur productif est salarié, mais il ne s'ensuit pas que tout salarié soit un travailleur productif. »

S'il n'y a pas ces deux critères alors on ne peut pas parler de travail productif.

- S'il n'y a pas le critère n°1, donc s'il n'y a pas de marchandise produite, alors c'est à coup sur du travail improductif. Par exemple une caissière chez auchan, un coiffeur, un serveur dans un restaurant, etc. Ce que le capitaliste achète, c'est toujours la force de travail, sauf que celle-ci est achetée pour sa valeur d'usage et non pour la valeur d'échange qu'elle peut créer (marchandise). Par conséquent, les travailleurs improductifs sont bien sur exploités, car le capitaliste ne paye pas intégralement la valeur d'usage du travail. Seulement cette plus-value ne se cristallise dans aucune marchandise, aucun bien échangeable et accumulable, et par conséquent le capitaliste n'en tire aucun profit, aucune accumulation.

Les travailleurs improductifs ne créent donc pas la valeur de leur salaire, la plus-value ne s'y transforme pas en capital. Donc il s'agit plutôt d'un revenu, d'un prix en échange d'un service, d'un coût net pour le capitaliste, ce qui est très différent.

Marx dit : « Toutes les fois que le travail est acheté pour être employé comme valeur d'usage, à titre de service - et non pas comme facteur vivant, échangé contre le capital variable, en vue d'être incorporé au procès de production capitaliste - il n'est pas productif, et le salarié qui l'exécute n'est pas un travailleur productif. Dans ce cas, en effet, le travail est consommé pour sa valeur d'usage, et ne pose donc pas de valeurs d'échange. N'étant pas consommé de manière productive, c'est du travail improductif. Le capitaliste ne lui fait pas face comme capitaliste qui représente du capital, puisqu'il échange son argent, sous forme de revenu et non de capital, contre du travail. Cette consommation de force de travail ne pose pas A - M - A', mais seulement M - A - M (où la marchandise est du travail ou un service) : l'argent opère ici comme moyen de circulation, et non comme capital. [...] La différence entre travail productif et improductif est essentielle pour l'accumulation, car seul l'échange contre le travail productif permet une retransformation de plus-value en capital. »

A ce stade, on se demande donc comment est-il possible que le secteur tertiaire des services arrive à occuper près de trois quarts de la population des métropoles capitalistes avancées, comme la France. Alors analysons par exemple de quoi est fait le profit d'une entreprise comme auchan, où travaillent des caissières qui ne créent pas de valeur d'échange, et donc pas de profit. Alors d'où vient le profit d'une entreprise comme auchan ? Eh bien ce profit vient tout simplement d'une plus-value basique : auchan achète des marchandises au prix le plus bas possible, P et les vend au prix le plus élevé possible (tout en restant concurrentiel), P'.

Il faut nécessairement que P' soit supérieur à P. La différence, P' - P, c'est la marge que se fait auchan, et c'est de là que vient son profit. Or il ne s'agit ni plus ni moins que d'une plus-value, car pour en arriver là, il a fallu ou bien que auchan achète à un prix inférieur à la valeur des marchandises (en pressurant les producteurs), ou bien vende à un prix supérieur à la valeur des marchandises, ou bien les deux ! Auchan peut donc faire à deux moments de la plus-value : en achetant et en vendant. Or ici on voit bien que auchan n'a pas créé la moindre marchandise, la moindre richesse.

Les taxis qui travaillent pour uber par exemple, bien que salariés (sous une forme dissimulée) sont aussi du travail improductif. Ils ne produisent aucune marchandise, aucune valeur d'échange.



- Revenons à nos moutons, s'il n'y a pas le critère n°2, c'est à dire si la production de marchandise ne se fait pas contre salaire, alors il ne s'agit pas non plus de travail productif.

Marx dit : « Pour distinguer le travail productif du travail improductif, il suffit de déterminer si le travail s'échange contre de l'argent proprement dit ou contre de l'argent-capital. »

Et cela peut se comprendre dans des cas très précis comme par exemple les travailleurs propriétaires de leur outil de production. Par exemple la petite bourgeoisie des petits commerçants, artisans, petits producteurs, agriculteurs, etc.

En effet pour qu'il y ait le critère n°2, il faut nécessairement qu'il y ait un salaire, c'est à dire que le capital loue une force de travail en vue de faire un profit.

Or le petit bourgeois propriétaire est à la fois capitaliste et travailleur. Son "salaire" qu'il se verse ne se fait donc pas en échange avec lui-même, à moins d'être atteint de schizophrénie. Il s'agit donc de la même personne, et donc il n'y a pas de plus-value. La seule chose qui s'échange donc, c'est par exemple une baguette de pain entre la boulangère et le client, et cela n'est pas du travail productif.

En revanche si la boulangère n'est pas propriétaire de son affaire mais salariée, alors on peut parler de travail productif.



- Il va de soi que s'il n'y a ni le critère n°1, ni le critère n°2, on ne peut pas parler de travail productif.

Par exemple un petit commerçant qui ne produit pas de marchandise et qui exerce son affaire à son compte. Par exemple les petites boutiques d'assurance, les notaires, les avocats, etc.



Il ne faut pas confondre travail productif et travail improductif, car « cela fournit l'occasion aux apologistes du capital de transformer le travailleur productif, sous prétexte qu'il est salarié, en un travailleur qui échange simplement ses services (c'est-à-dire son travail comme valeur d'usage) contre de l'argent. C'est passer un peu commodément sur ce qui caractérise de manière fondamentale le travailleur productif et la production capitaliste : la production de plus-value et le procès d'auto-valorisation du capital qui s'incorpore le travail vivant comme simple agent. Le soldat est un salarié, s'il est mercenaire, mais il n'est pas pour autant un travailleur productif. » (Marx)

Il est à noter qu'on parle ici de travail productif et improductif, mais qu'un même travailleur peut faire à la fois du travail productif et du travail improductif dans la même journée. Par exemple un employé libre service chez auchan va mettre en rayon des produits, mais il se peut aussi qu'il doive emballer d'autres produits, et dans ce cas il ajoute une valeur à la marchandise. Il s'agit donc tantôt de travail improductif, tantôt de travail productif.

Un ouvrier cordonnier fait du travail productif quand il répare des chaussures ou fait la copie d'une clé, en revanche il fait du travail improductif quand il sert et encaisse les clients, passe le balai, etc.

C'est avec le haut degré de division du travail propre à la grande production que les tâches productives et improductives sont confiées à des personnes différentes.

Un même travail peut d'ailleurs être productif ou improductif, selon qu'il y a ou non le critère n°2, c'est à dire l'exploitation, ce qui n'est pas le cas quand le travailleur est à son compte. Marx dit : « De ce qui précède, il ressort que le travail productif n'implique nullement qu'il ait un contenu précis, une utilité particulière, une valeur d'usage déterminée en laquelle il se matérialise. C'est ce qui explique qu'un travail de même contenu puisse être ou productif ou improductif. [...] Un même travail (par exemple, celui d'un jardinier, d'un tailleur) peut être exécuté par un même ouvrier pour le compte d'un capitaliste ou d'un usager immédiat. Dans les deux cas, il est salarié ou loué à la journée, mais, s'il travaille pour le capitaliste, c'est un travailleur productif, puisqu'il produit du capital, tandis que s'il travaille pour un usager direct, c'est un improductif. En effet, dans le premier cas, son travail représente un élément du procès d'auto-valorisation du capital, dans le second, non. »

Le travailleur improductif salarié ne crée pas la valeur de son salaire, et cela signifie qu'il est exploité tout en vivant de façon paraisitaire au frais du brigandage capitaliste. Il faut donc bien noter que l'explosion du travail improductif, propres aux métropoles impérialistes, comme les états-unis, la France, la Chine de plus en plus, ne peut se faire qu'au prix de l'exploitation impérialiste, donc du brigandage capitaliste à l'échelle mondiale. En effet, reprenons notre exemple d'auchan. Pour acheter le moins cher possible ses marchandises, l'entreprise va plutôt importer de l'étranger ses marchandises, et cela n'est possible que parce que les capitalistes de l'industrie ont exporté leurs capitaux à l'étranger, c'est à dire délocalisé leur production dans des zones à bas prix des salaires. A l'inverse, si l'impérialisme vient à décliner ou que les délocalisations sont moins rentables, la plus-value faite par auchan sur ce trafic mondial deviendra compliquée. De manière générale cela va signifier une baisse considérable du travail improductif (même si cela ne se traduira pas forcément par un retour massif du travail productif en métropole).

Notons pour finir que le produit intérieur brut (PIB) mesure pêle-mêle toutes sortes de données qui ne permettent pas de voir directement la vraie part de travail transformé en capital (seul le travail productif peut le faire), c'est à dire de richessses réellement créées.





VII- Cas remarquables


1- l'air et les cailloux

Marx dit : « Une chose peut être une valeur d'usage sans être une valeur. Il suffit pour cela qu'elle soit utile à l'homme sans qu'elle provienne de son travail. Tels sont l'air des prairies naturelles, un sol vierge, etc. Une chose peut être utile et produit du travail humain, sans être marchandise. Quiconque, par son produit, satisfait ses propres besoins ne crée qu'une valeur d'usage personnelle. Pour produire des marchandises, il doit non seulement produire des valeurs d'usage, mais des valeurs d'usage pour d'autres, des valeurs d'usage sociales. Enfin, aucun objet ne peut être une valeur s'il n'est une chose utile. S'il est inutile, le travail qu'il renferme est dépensé inutilement et conséquemment ne crée pas valeur. »

L'air par exemple a une valeur d'usage pour tout le monde. Mais le Tmoyen de l'air est nul (il suffit d'inspirer). Le seul endroit où l'air est une marchandise est Pékin (des bombonnes d'air frais sont importées d'Australie par de riches Pékinois pour être diffusés en intérieur à cause de la trop mauvaise qualité de l'air). Pourquoi ? Parce qu'à Pékin, Tmoyen pour avoir de l'air frais est élevé. Et donc l'air peut y devenir une marchandise.

L'extraction de cailloux nécessite un Tmoyen important mais n'est une valeur d'usage pour personne. Donc un cailloux est rarement une marchandise.



2- les antiquités

En général, avec l'augentation de la composition technique du capital (progrès technique), le Tmoyen de toute marchandise semble baisser. Mais pour certaines antiquités, au contraire, ce Tmoyen augmente car les techniques primitives et les vielles industries artisanales sont perdues. De sorte que la fabrication d'un objet ancien avec les techniques modernes demanderait un Tmoyen supplémentaire. C'est pourquoi les antiquités peuvent prendre de la valeur avec le temps (si toutefois elles restent des valeurs d'usages pour quelqu'un, comme des collectionneurs).



3- la propriété intellectuelle

La propriété intellectuelle, c'est l'ensemble des droits d'auteurs et des brevets industriels. Il s'agit de la propriété des idées. Mais on voit que les idées sont un domaine spécial de la marchandise. En effet si je vous donne idée, je l'ai encore. Contrairement à un simple objet, où, si je vous le donne, j'en suis privé moi-même.

Dès lors se pose la question suivante : une idée est-elle une marchandise ?

La réponse est oui, une idée peut être une marchandise à condition que soit imposée une contrainte (technique, logicielle ou juridique) qui empêche la copie gratuite. C'est à dire à condition qu'il existe un régime de propriété intellectuelle.

Dès que le produit d'un travail intellectuel arrive à rentrer dans le format de la propriété classique des objets, alors il peut s'échanger, et devient en même temps une marchandise.

Si le produit du travail intellectuel n'est pas contraint par des entraves techniques, logcielles ou juridiques, il reste cependant une valeur d'échange. En effet la production d'une idée est elle-même un travail qui produit des valeurs d'usages sociales.

Si ce produit n'arrive pas à se réaliser comme marchandise, c'est à dire s'il se copie gratuitement, alors le producteur a aliéné son propre temps au profit d'autres. C'est toute l'ambiguité par exemple des logiciels "open source" qui permettent en fait aux capitalistes d'obtenir gratuitement les produits du travail intellectuel de certains, alors qu'ils ont une vraie valeur d'échange. Le capitaliste augmente ainsi sa plus-value aisément.

Dans le socialisme, la production intellectuelle marchande sera rétribuée pour l'équivalent de sa valeur objective, c'est à dire sa valeur d'échange.



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