Pourquoi le communisme est-il faible aujourd'hui ? Pourquoi sera-t-il fort demain ?



Cette question est fondamentale pour comprendre les perspectives du mouvement communiste.

Permettez-moi d’abord de préciser quelques faits.

On a longtemps cru que le communisme s’était affaibli à cause de l’effondrement de l’URSS. D’après l’histoire officielle, le mouvement communiste a été très puissant en France puis a décliné quand l’URSS s’est effondrée.

Cette interprétation des faits est complètement fausse. Elle suppose que l’URSS qui s’est effondrée en 1991 était un pays communiste, elle suppose que les partis dits communistes en France et en occident étaient et sont réellement communistes. Mais ce sont des postulats de départ absolument faux.

En général quand on parle de communisme, on parle du parti « communiste » français, ou de groupuscules qui prétendent le concurrencer (principalement les trotskystes). Certains vont même jusqu’à classer Mélenchon dans les communistes, mais là n’est pas la question. La réalité, c’est qu’aucun parti à l’heure actuelle en France n’est réellement communiste.

Admettre cette vérité, c’est refuser d’appeler « communiste » tout parti qui se réclame du communisme. Admettre cette vérité, c’est être sérieux. Qu’est-ce qu’être sérieux ? C’est juger un parti non pas sur son étiquette (la forme), mais sur son contenu idéologique (le fond).

Or, à quoi nous amène l’analyse du contenu idéologique des partis de gauche actuels ? Elle nous mène à voir dans ces partis non pas des partis communistes fidèles à la doctrine de Marx et de Lénine, mais des partis de réforme sociale. Qu’ils prétendent ou non vouloir la révolution prolétarienne, ils font en permanence la promotion des « acquis sociaux ». Ils défendent non pas le véritable intérêt du prolétariat (qui ne peut passer que par la révolution prolétarienne et la construction du socialisme), mais les intérêts à court terme d’une minorité privilégiée de travailleurs, de fonctionnaires, etc.

« Mais ils défendent les travailleurs. » Certes, mais défendent-ils tous les travailleurs ? Non, ils défendent des travailleurs, certaines catégories de travailleurs. Donc, peut-on dire que ces partis comme le PCF et les nombreux petits partis trotskystes, maoïstes sont communistes ? Non on ne peut pas. A moins de revoir la définition du communisme, et d’en donner une autre définition que celle qu’en donnait Karl Marx.

Certains cherchent à savoir quand le PCF aurait dégénéré. On parle du départ de Marchais, ou on remonte à Thorez. Mais peu comprennent que le PCF n’a jamais été communiste. Les différentes évolutions de ce parti n’ont été que les différentes évolutions d’un parti, certes ouvrier, mais pas communiste.

Les faits remontent à longtemps. Il n’y a jamais eu en France de véritable parti communiste. Une fois de plus, c’est une vérité à assimiler. Sans comprendre cette vérité, pas un pas en avant ne peut être fait dans la construction d’un véritable parti communiste. Or, admettre cette vérité, c’est préparer une lutte implacable contre ces partis et ces tendances qui prétendent que leurs réformes sociales ont quelque chose à voir avec le communisme.

Dès sa fondation, le PCF était infecté par cette idéologie de réformes sociales. La meilleure preuve en a été toute son existence. Et maintenant que la bourgeoisie ne peut plus céder aucunes concession aux travailleurs, la base sur laquelle reposait ce parti s’écroule.

Ce n’est donc pas le communisme qui a décliné, mais des partis pseudo-communistes. De véritables partis communistes, il n’en a en réalité existé que très peu (le parti bolchevique en Russie, le parti communiste allemand il y a un siècle et quelques autres).

Quand on parle donc aujourd’hui de la faiblesse du communisme, il faut donc préciser qu’on parle de partis communistes en paroles, mais anti-communistes dans les faits. C’est une distinction très importante, et j’aimerais que ceux qui s’intéressent au communisme soient plus attentifs à cette distinction à l’avenir. Si l’on ne tient pas compte de cette différence, on a alors une très mauvaise grille de lecture de l’histoire du communisme, et on se met à dire n’importe quoi. Et personne ne veut se tromper n’est-ce pas ? Il y a des gens qui, de bonnes foi, disent n’importe quoi, et d’autres qui mentent et le savent très bien.

Mais comme dans tout, on a appris une histoire, un roman social : le front populaire, les « acquis sociaux », le CNR, mai 1968. Malheureusement tout cela n’est qu’un tissu de mensonges qu’il convient de démolir uns par uns. Aucun de ces évènements ne fait partie de l’histoire du communisme. Ils appartiennent à l’histoire des réformistes, à l’histoire de ceux qui souhaitent améliorer le capitalisme, en dépit de leur étiquette révolutionnaire ou communiste.

Il ne s’agit pas simplement de dénigrer l’histoire passée et les organisations présentes. En matérialistes, nous cherchons la base matérielle qui explique les phénomènes idéologiques. C’est ce qu’on appelle faire une analyse matérialiste. Or, quel est le point de départ de la théorie matérialiste ?

Le matérialisme dit que les idées qui existent à une époque reflètent toujours ce qui se passe dans la vie économique, les intérêts de telle ou telle classe. Cela signifie que si une idéologie est forte à une époque, et faible à une autre époque, cela est du à leur base matérielle. Si telle ou telle idée domine à une époque, la cause doit en être recherchée dans le système économique. Les modification apparaissent d’abord dans le système économique et se reflètent ensuite dans les idées et les théories.

Nous avons vu que ce que depuis des décennies certains appellent communisme est, non pas le communisme, mais le réformisme, non pas la révolution prolétarienne et le socialisme, mais l’arrangement avec le capitalisme et les « acquis sociaux ».

La question est : quelle est la base matérielle du réformisme ? Pourquoi cette idéologie l’a emporté et non le véritable communisme ? Nous devons chercher dans la société française (et plus généralement, occidentale) les raisons pour lesquelles c’est cette idéologie qui a dominé tout le dernier siècle et non le véritable communisme de Marx.

On dit que la société est divisée en prolétaires et bourgeois. Mais il existe aussi aussi la classe moyenne, cela n’aura échappé à personne. Au début du capitalisme, petits producteurs et paysans étaient propriétaires de leurs moyens de production. Telle était la classe moyenne il y a plus d’un siècle, on parlait alors de petite bourgeoisie.

De nos jours, un autre type de classe moyenne existe. A l’intérieur même du prolétariat, il existe des couches privilégiées, qui possèdent de meilleurs salaires, de meilleures protections sociales, ils bénéficient du meilleur mode de vie. Prenez l’exemple des cheminots et des fonctionnaires qui manifestent actuellement. En quoi leur mode de vie a-t-il quelque chose à voir avec celui, par exemple, des mineurs ou des cheminots français des débuts du capitalisme ? Rien bien sur. Les travailleurs actuels bénéficient de condition de vie bien meilleures depuis que toute notre société repose sur l’exploitation de travailleurs à l’autre bout du monde, qui eux, connaissent de véritables conditions de vie prolétaires.

Dès le milieu du 19ème siècle, Engels parlait de « prolétariat bourgeois » à propos d’une partie des ouvriers anglais. A l’époque l’Angleterre dominait le marché mondial, exploitait les colonies, et tirait donc bien plus de profits sur le prolétariat d’autres pays que sur le sien propre. Le prolétariat anglais bénéficiait alors d’une partie de ce surprofit. La bourgeoisie anglaise ne redoutait plus les grèves et la lutte des ouvriers, mais prenait les devants et accordait d’elle-même des avantages à ses ouvriers, la paix sociale était achetée.

Dans tout l’occident, un phénomène similaire s’est développé le siècle dernier. Nos pays sont devenus des parasites financiers sur le reste du monde. Une gigantesque rente a alimenté notre mode de vie, nos « acquis sociaux ». C’est ce parasitisme qui était la base de l’existence de la classe moyenne.

Exploitation du monde à l’extérieur. Croissance de la classe moyenne à l’intérieur.

Telle est la formule implacable qui permettait à une poignée de pays de vivre sur le reste du monde et d’acheter la paix sociale. Dès le début du 20ème siècle, les pays occidentaux avaient tous effectué leur transformation, et Lénine dénonçait sans relâche les « partis ouvriers bourgeois » qui poussaient naturellement dans ce contexte. La troisième internationale communiste fut même créée précisément pour combattre ces partis réformistes qui tous avaient trahi le communisme.

La ligne de démarcation ne passait donc plus entre les prolétaires et les bourgeois mais à l’intérieur même du prolétariat.

D’un côté la partie pauvre du prolétariat, qui ne bénéficie pas des avantages de ce système. De l’autre la partie privilégiée, achetée par les capitalistes, rejoignant de fait la classe moyenne. Telle est la véritable nature de la lutte des classes dans les pays impérialistes.

Or la classe moyenne n’est pas révolutionnaire, mais conservatrice, voire réactionnaire, comme l’expliquait Marx. En effet, elle n’a pas « que ses chaînes à perdre », mais sa maison, sa protection sociale, ses « acquis sociaux », bref tout son mode de vie petit bourgeois. Même une partie des chômeurs peut être corrompue grâce aux aides sociales.

Cette partie privilégiée du prolétariat peut-elle être la base d’un mouvement révolutionnaire ? Non, elle ne le peut pas. Elle ne peut être que la base des mouvements réformistes, qui veulent seulement améliorer la condition des travailleurs à l’intérieur du capitalisme.

Nous avons donc trouvé la base matérielle du réformisme. Elle se situe dans cette classe moyenne. Et cette classe moyenne elle-même n’existe que grâce à notre statut de « grande puissance ». La classe moyenne n’existe dans un pays qu’à condition que ce pays en exploite d’autres. Aucun de nos « acquis sociaux » n’est payé par notre travail. Il est payé par notre parasitisme mondial.

Voilà encore quelques vérités à comprendre. Là encore, sans prendre note de toutes ces vérités, et sans les appliquer à toutes les questions sociales actuelles, il n’est pas possible de faire progresser d’un pas le mouvement communiste.

Nous avons vu que pendant plus d’un siècle, les pays occidentaux ont été des grandes puissances, cela a créé un contexte objectivement non révolutionnaire dans ces pays. Si l’on demande donc pourquoi le communisme a été faible pendant si longtemps en occident, la réponse est là et nulle part ailleurs.

Mais la situation mondiale change. Un pays peut-être une grande puissance à une certaine époque, et ne plus l’être à une autre. Par exemple les États-Unis qui étaient jusqu’à il y a peu la première puissance mondiale n’ont pas toujours été aussi puissants. Au début du 20ème siècle, la France et l’Angleterre régnaient sur toute la planète et les États-Unis n’étaient qu’une petite puissance relativement aux autres. Aujourd’hui, la situation est un certain rapport de force, mais il changera également. C’est la Chine qui sera demain la plus grande puissance du monde. Et elle ne peut le devenir qu’en écrasant et en reléguant à l’arrière plan les anciennes puissances impérialistes.

La question de départ semble un peu loin, mais en réalité nous y répondons en ce moment. En effet, que constate-t-on ?

Le dernier siècle a été marqué par la domination des puissances occidentales (l’Amérique et l’Europe). Dans cette période, ce qui a dominé, ce sont les pays d’occident, et non les autres pays. C’est pourquoi le prolétariat des pays occidentaux a pu bénéficier pendant cette période d’un niveau de vie important.

Mais cette période est terminée, puisque c’est la Chine qui maintenant, devient la première puissance mondiale. Cela signifie-t-il que l’Europe, les États-Unis, le Japon et la Chine vont devenir des puissances à égalité ? Non, c’est impossible. Cela signifie que les anciens pays impérialistes vont être soit anéantis, soit relégués au second plan. Cela signifie que la Chine va dominer, tandis que les autres grandes puissances vont cesser d’être des grandes puissances. En clair, cela signifie que tout l’ordre mondial va connaître et connaît déjà de grands changements.

Le rapport de force ancien va disparaître. Pacifiquement ou par la guerre ? Cela, c’est l’avenir qui le dira, même si la guerre a jusque là été la seule façon de se repartager le monde. Mais ce n’est pas cela dont nous parlons pour l’instant.

Ce qui compte, c’est que ce changement de notre situation extérieure (c’est à dire par rapport aux autres pays) a une incidence sur notre situation intérieure (l’existence d’une classe moyenne).

De nombreux faits attestent que dans tous les pays d’occident, la classe moyenne disparaît. Ils attestent aussi que la classe moyenne grandit en Chine. Est-ce un hasard ? Non, ce n’est pas un hasard. En effet, la classe moyenne n’existe dans un pays que si ce pays peut se payer une classe moyenne. Pour pouvoir embourgeoiser une partie de sa population, la bourgeoisie doit partager une partie de ses surprofits de l’exploitation des autres pays. Et pour partager ces surprofits, il faut qu’ils existent.

Actuellement, les pays impérialistes occidentaux perdent leur position mondiale au détriment de la Chine. Cela veut dire que les pays d’occident peinent à réaliser ces surprofits alors que la Chine au contraire en réalise de plus en plus.

Par le passé, on considérait que le mode de vie occidental était réservé aux pays d’Amérique du nord et de l’Europe. De nos jours, on est obligé de constater que la Chine fait accéder son propre peuple à ce mode de vie, alors même que les peuples d’occident se voient contraints d’y renoncer de force.

Par rapport à notre situation en France, cela aura-t-il des conséquences ?

Bien sur, si notre situation mondiale change, alors la composition des classes sociales à l’intérieur de notre pays s’en trouve elle-même modifiée.

Par le passé la France faisait partie des plus grandes puissances impérialistes. Elle réalisait des surprofits importants sur le reste du monde. Il ne lui était pas difficile de partager une partie de ce surprofit avec son propre prolétariat, qui s’est de fait, embourgeoisé. La conséquence a été que le communisme a été affaibli, les masses n’y voyaient plus aucun intérêt, voire le traitent « d’utopie ». « Vous voyez, le capitalisme a augmenté notre niveau de vie ! », disaient-ils.

Mais cela change. De nos jours la France ne fait plus partie des plus grandes puissances impérialistes, et elle en fera de moins en partie. Le même constat peut être fait pour l’Angleterre, l’Allemagne et les États-Unis. De nos jours, la France réalise de moins en moins de surprofits sur le reste du monde. Il lui est donc de plus en plus difficile de partager une partie de ce surprofit avec son propre prolétariat. De gré ou de force, celui-ci se voit contraint d’accepter une baisse drastique de son niveau de vie. Tous les acquis sociaux que le prolétariat avait soit-disant « conquis de haute lutte », la bourgeoisie les reprends uns par uns.

Nos réformistes et autres pseudo-communistes sont bien sur désespérés de cette situation. Ils réclament la sauvegarde des « acquis sociaux », ils manifestent, et tentent d’entraîner tout le prolétariat derrière eux. Bien sur, nos pseudo-communistes ne représentent pas tout le prolétariat, ils n’en représentent que la partie privilégiée. Ils ne sont même pas conscients de la situation mondiale, ils « manifestent ». Voilà leur dernier mot.

Quant aux véritables communistes, ils n’ont aucune raison de se lamenter. Pourquoi ? Mais parce que cette situation nouvelle nous ramène à des conditions favorables pour la révolution. Le prolétariat s’appauvrit, et la classe moyenne disparaît. Ces nouvelles conditions objectives sont bien meilleures pour l’existence d’un véritable mouvement communiste. De plus en plus, le prolétariat n’a « plus rien à perdre », et il écoute de moins en moins nos pseudo-communistes et autres professionnels de la « manifestation ». Le prolétariat croit de moins en moins à la possibilité de maintenir les « acquis sociaux » et se détourne en masse des syndicats et des partis pseudo-communistes. Le prolétariat vote de moins en moins aux élections, et seule une partie se fait berner par les promesses d’un Mélenchon ou d’une Le Pen. Mais même ceux qui votent encore reviendront bien vite à la réalité quand l’un ou l’autre de ces partis échouera lamentablement à sauver le système social.

Nous voyons donc deux camps se former nettement.

Le premier camp est celui des pseudo-communistes, les fanatiques des « acquis sociaux ». Leur destin est de combattre désespérément et d’être battus. Ils croient lutter contre la bourgeoisie, mais c’est contre la roue de l’histoire qu’ils luttent. Et à ce jeu là, ils n’ont aucune chance de gagner. C’est pourquoi ceux qui disent avoir une chance de battre Macron se mentent à eux-mêmes. Ils ne croient d’ailleurs pas eux-mêmes à leur propre victoire.

Le second camp est celui qui a l’avenir pour lui, c’est le camp du communisme. Nous ne parlons pas là du communisme seulement en terme d’étiquette, mais du véritable communiste, celui qui s’appuie sur l’idéologie de Marx et de Lénine. Bien loin de représenter une idéologie passée, le communisme est la réponse aux problèmes présents, problèmes qui avaient été décrits et formulés déjà par Karl Marx il y a près d’un siècle et demi. La crise du capitalisme et le problème de la robotisation sont les vraies questions déjà posées par Marx et auxquelles le communisme était la réponse. Encore faut-il relire Le Capital, bien vite oublié par nos pseudos-communistes, alors même que les capitalistes n’ont jamais cessé de le lire en cachette.

Le fait est que l’idéologie de Marx et de Lénine reste dans ses traits principaux une idéologie qui répond aux problèmes présents de la société. Certes, cela ne saute pas aux yeux, si l’on s’en tient à la vision qui nous est servie par l’éducation et les médias. Bien plus, l’expérience soviétique a subi des vagues de calomnies et de propagande dont les effets sont encore bien présents.

Aujourd’hui, le camp du communisme a toutes les raisons d’être certain de sa victoire. En effet, toute l’évolution du monde actuel tend à créer en occident des conditions favorables à un processus révolutionnaire. Il ne s’agit pas de pleurnicher sur la fin des « acquis sociaux » comme le font les pseudo-communistes, mais de comprendre l’évolution du monde et d’utiliser celle-ci dans ce qu’elle a de positif.

L'analyse faite ici provient des textes de Marx, Engels et Lénine eux-mêmes.

Voilà, dans les grands traits, l’analyse de la situation sociale dans le monde et en France qui doit guider l’action des communistes dans les années à venir.



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