Gauchisme et opportunisme


Le marxisme a pour but le communisme. Cela tout le monde le sait. Mais d'autres courants politiques visent aussi ce même but, ou du moins le prétendent. Ainsi les anarchistes eux aussi ont pour but le communisme, c'est à dire une société sans classes sociales.

Mais pour y parvenir, les marxistes et les anarchistes ne reconnaissent pas les mêmes principes. Les marxistes ont pour principe la dictature du prolétariat. Cela signifie qu'ils admettent une période de transition politique entre le capitalisme et le communisme, période durant laquelle le pouvoir politique doit être exercé par le prolétariat. Les anarchistes eux, rejettent ce principe, et y opposent un autre principe, celui de l'abolition de l'état, c'est à dire le rejet de toute autorité en général. Nous voyons là que nous avons à faire à deux principes différents, bien que le but soit le même.

Mais un principe ne suffit pas. Les marxistes, regroupés en parti politique, doivent aussi avoir un plan pour passer de la situation actuelle au but. On appelle donc stratégie le plan d'ensemble qui montre sur quelles forces s'appuyer pour atteindre l'objectif. Quand on parle de stratégie, on entend donc une analyse objective de la société, des classes montantes et déclinantes, du dispositif général du front social (alliés et ennemis), des obstacles, des grandes étapes historiques qui nous séparent du but. La stratégie consiste donc à décomposer le parcours vers le but final en une série de plus petits objectifs qui se succèdent et qui mis bout à bout, permettent d'accomplir l'objectif principal.

On appelle tactique l'ensemble des manoeuvres qui permettent de réaliser les objectifs intermédiaires.

C'est sur cette question de la tactique que le marxisme accorde le plus de souplesse. C'est à dire qu'il n'y a pas de dogmes en matière de tactique. Aucune tactique ne doit être rejetée à l'avance. Envisager une guerre en rejetant d'emblée toute possibilité de retraite temporaire, de trêve, de contournement d'obstacles, etc. ce serait renoncer complètement à mener cette guerre, car dans aucune guerre on ne peut se contenter de la tactique de l'attaque tout droit vers l'objectif.

Or il se trouve toujours des gens qui, par courte vue, refusent ce genre de compromis tactiques. C'est ce qu'on appelle la déviation "de gauche" ou "gauchisme". Par exemple, aujourd'hui, soutenir tactiquement un social-traître comme Mélenchon est une tactique "de droite" puisque cela renforce à priori les les sociaux-traîtres. Et ela les renforce effectivement à court terme. Mais une fois le social-traître au pouvoir, une fois celui-ci démasqué dans sa trahison inévitable, cela l'affaiblit et ouvre l'espace à des idées plus extrêmes comme le communisme. Rejeter cette tactique sous prétexte qu'elle ne mène pas directement au but, ce serait comme, face à un obstacle, refuser de faire un pas de côté pour le contourner.

De la même manière, les luttes syndicales sont mauvaises quand elles favorisent le réformisme, mais elles sont bonnes quand elles favorisent l'union croissante du prolétariat. Une même chose est donc bonne et mauvaise à la fois. Mais si on rejettait par avance toute tactique de travail à l'intérieur des syndicats, on favoriserait justement le mauvais côté, le réformisme, qui aurait alors le terrain libre pour enchaîner les ouvriers aux seules luttes économiques. Ce qui détermine la validité d'une tactique, ce n'est pas la tactique en elle-même, mais le contexte. Si telle tactique est bonne ou mauvaise, cela dépend de savoir si elle mène bien au but final (malgré des détours) ou si elle n'y mène pas.

Utiliser la tactique de l'insurrection quand les conditions ne sont pas réunies, c'est manifestement être un agent provocateur qui vise à l'échec du mouvement. Mais rejeter cette même tactique quand l'insurrection est devenue possible, c'est à nouveau trahir le mouvement. Comme on le voit, la même tactique est bonne ou mauvaise selon le contexte.

Mais assez parlé de la déviation gauchiste. Un autre genre de déviation est tout aussi néfaste. Je parle de la déviation droitère, ou opportunisme. Cette déviation consiste au contraire à rejeter toutes les tactiques de gauche, à n'accepter que les tactiques de compromis et de réformes. Manifestement, un tel comportement ne peut dissimuler qu'une chose, un rejet total des objectifs et des principes du marxisme. Car encore la déviation "de gauche" peut être celle de communistes qui n'ont pas compris. La déviation de droite dissimule elle, un rejet du communisme. Par exemple l'essentiel des partis "de gauche" et pseudo-communistes d'occident depuis des décennies sont exactement la même chose que les mencheviques en Russie, des partis qui rejettent le communisme et se fixent pour but un "progrès social" à travers des réformes à l'intérieur du capitalisme. Leur objectif n'est pas de renverser l'esclavage salarié mais de l'aménager. Cette déviation droitière se manifeste de façon encore plus évidente dans les pays impérialistes qui peuvent corrompre des larges couches du prolétariat et en faire une semi-petite bourgeoisie qui craint la révolution et qui se range du côté du réformisme.

La déviation de droite dissimule donc bien plus que des désacacords tactiques, elles dissimule un désaccord d'objectif, et donc de principe.

Pour prendre un exemple, durant une marche vers l'objectif qui serait face à un obstacle, le gauchisme va refuser de le contourner tandis que l'opportuniste va vouloir tourner en rond autour indéfiniement. On comprend bien que le marxiste quand à lui va accepter de contourner l'obstacle, en vue de le dépasser et de continuer sa marche vers l'objectif. Le marxiste ne rejette pas les manoeuvres qui ne mènent pas directement au but, mais il garde en vue son but et ne fait pas commerce des intérêts du prolétariat pour tel ou tel intérêt à court terme d'une fraction privilégiée du prolétariat. Cela ce serait de la trahision, et c'est ce qu'est de bout en bout l'opportunisme.

On voit donc que le marxisme se décompose en but, principes, stratégie et tactiques.

Nous pouvons ajouter que tous ces éléments sont en général résumés dans un programme, que les directives et les mot d'ordres sont simplement la traduction concrète de la tactique, et que le marxisme consiste simplement à ne rien négocier dans les principes tout en étant souple dans la tactique.

C'est de cette façon qu'on aborde de la bonne façon les problèmes généraux du mouvement communiste.



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