Qu'est-ce que la dialectique ?

Dans cet article, je vais expliquer ce qu’est la dialectique. Sans doute, cet exposé ne sera pas aussi rigoureux que ce qu’on peut trouver dans un manuel spécialisé. Mon but est d’expliquer clairement ce concept autant que possible.

Dans toutes les les philosophies antiques, on retrouve ce concept de dialectique. Chez les grecs par exemple, Platon est connu pour ses « dialogues », textes dans lesquels il argumentait en faisant débattre deux points de vue opposés. Littéralement, dialectique et dialogue sont des mots qui ont la même racine.

Donc, parler de dialectique, c’est parler de dialogue.

On connaît tous d’ailleurs le fameux « thèse-antithèse-synthèse » qui est le plan des dissertassions en philosophie.

L’intérêt du dialogue, c’est qu’il permet de faire progresser les idées par le débat.

Imaginons que Marx et Engels débattent entre eux.

Marx a une idée que l’on va appeler « A ».

A est ce qu’on appelle la thèse, ou la proposition de départ.

Marx dit cette idée à Engels, et celui-ci réfléchit, et critique cette idée.

Cette critique s’appelle donc « non-A », c’est une négation, une antithèse.

Mais après avoir écouté la critique de Engels, Marx veut répondre à son tour, car il n’est pas d’accord avec cette critique.

Il va donc critiquer… la critique de Engels. C’est la négation de la négation, l’anti-antithèse si l’on veut, la synthèse, « non-non-A ».

En mathématiques, quand on multiplie -1 par -1, on retombe sur 1, un nombre positif.

On pourrait se dire de la même manière que les deux « non » s’annulent et qu’au final, « non-non-A », c’est en fait un retour à « A ».

Et c’est en partie vrai. Le débat ressemble donc à un cercle.



Sauf qu’il y a une différence. Après le débat, l’idée s’est enrichie de la critique, elle s’est approfondie. Autrement dit la contradiction a fait se développer l’idée. « non-non-A » est donc un retour à A, mais à un niveau plus élevé.

C’est donc un cercle vu du-dessus, mais il faut rajouter une dimension. En fait, c’est plutôt une spirale.



Prenons un exemple concret.

La proposition de départ A est la suivante : la Terre est une sphère.

Un observateur pourrait faire remarquer que non, la Terre n’est pas une sphère, nous arrivons à non-A.

Le problème, c’est que ces deux propositions, A et non-A sont en partie vraies. La Terre est sphérique et non sphérique à la fois. C’est contradictoire, mais c’est la dialectique.

Maintenant, si on regarde le problème de plus près, il ne s’agit pas de trouver un compromis pour mettre les deux parties d’accord mais plutôt d’affiner notre proposition de départ, de l’ajuster, de la préciser.

Il faut donc critiquer non-A. Certes, la Terre n’est pas une sphère parfaite. Mais elle est tout de même en partie sphérique, disons, par exemple (ce n’est pas un chiffre réel), à 80%.

Nous sommes donc revenus à notre idée de départ, à savoir que la Terre est une sphère. On a précisé qu’elle n’était pas totalement sphérique mais seulement en partie. Notre nouvelle idée, non-non-A est la synthèse.

L’idée donc, c’est qu’en opposant les idées les unes aux autres, on les fait progresser. On progresse par la critique, la négation. Il faut retenir cette idée importante car c’est la la clé pour comprendre la dialectique.




Bien, ça c’est pour le monde des idées. Mais est-ce que tout cela a un sens dans le monde réel ?

Beaucoup de choses évoluent en spirale.

Prenons l’exemple d’un homme pauvre et malheureux (thèse). Il travaille dur pour améliorer sa condition et cesser d’être pauvre, il devient riche (antithèse). Mais une fois riche, il se repose sur ses lauriers et retombe dans la misère (synthèse). D’échecs en échecs, il retiendra la leçon qui est qu’il ne faut pas se reposer sur ses lauriers.

Un autre exemple.

Un ordinateur possède un ventilateur qui s’allume quand le processeur atteint 60°C. Au début l’ordinateur est à 30°C (thèse), puis il fait des calculs et monte progressivement jusqu’à 60°C (antithèse), finalement le ventilateur s’active et l’ordinateur redescend à 30°C (synthèse), mais comme l’ordinateur continue à chauffer, la température remonte jusqu’à 60°C, etc.

Dans la forêt, les arbres sont nombreux et la végétation est dense (thèse). Mais une étincelle allume un incendie (antithèse). Les cendres permettent à une nouvelle végétation de pousser (synthèse), et cette végétation sera à son tour détruite dans un incendie, etc. Mais les plantes qui poussent seront des nouvelles espèces.

En économie, on observe aussi ce genre de mouvement contradictoire, alternance de phases de prospérité et de phases de crises. Et chaque nouvelle crise est plus grave que la précédente.

Ce qu’on constate, c’est que ces deux phases sont les deux faces de la même médaille et qu’elles s’engendrent mutuellement. Autrement dit, même l’antithèse n’est qu’un moment, qu’une étape. Cela veut dire par exemple que tout état de crise, de guerre et de misère peut être considéré comme positif dans la mesure où il amène le contraire de lui-même.

Un autre exemple.

Dans la société pré-capitaliste, les travailleurs étaient des artisans propriétaires de leurs moyens de production (thèse). Mais le capitalisme a transformé la majorité des travailleurs en prolétaires vivant dans la misère (antithèse). Les conditions de vie du prolétariat le poussent à se révolter et à créer une société où il possède en commun les moyens de production (synthèse).



Mais il ne s’agit pas seulement d’observer le mouvement thèse-antithèse-synthèse dans le monde réel, il s’agit de voir des liens plus complexes au sein de l’univers.

Lorsque nous étudions la nature, l’univers, la physique, etc. on se rend compte que les choses dans le monde réel « dialoguent » entre elles.

Ici, le mot dialogue est peut-être mal adapté. Nous parlerons plutôt de liaison, de connexion, voire même d’interconnexion, d’influence réciproque. Voilà les mots qui doivent nous venir à l’esprit quand nous parlons de dialectique.

L’exemple le plus simple est celui des atomes. On sait qu’il existe des interactions fondamentales de la matière (gravitationnelle, électromagnétique, faible et forte).

Concrètement, aucune particule de matière n’existe séparément des autres. Elles sont toutes liées entre elles, forment de fait un tout qu’on appelle l’univers. Les particules s’attirent, se repoussent, et bougent donc toutes seules.

Si l’on mettait deux atomes dans le vide absolu à une distance raisonnable, ils se mettraient à graviter l’un autour de l’autre sans que personne ne vienne leur donner une énergie de l’extérieur. Le simple fait qu’ils s’attirent va les mettre en mouvement.

A l’échelle de l’univers, c’est aussi vrai.

Tout ce qui existe dans l’univers est en mouvement pour cette simple raison que la matière attire la matière. On peut donc parler d’auto-mouvement, au sens où il n’y a personne qui pousse ou qui tire, qui ajoute quoi que ce soit de l’extérieur pour que le mouvement ait lieu.

Par exemple la Terre tourne autour du Soleil pour la seule et unique raison qu’ils s’attirent.

La dialectique est donc :

1- La théorie des relations (tout est lié),

2- La théorie de l’évolution (tout est en mouvement).

Le second découlant du premier.

Cette vision du monde nous donne une méthode d’approche du monde qu’on appelle méthode dialectique.

C’est la conséquence de ce que nous avons dit plus tôt. Si tout est lié, si tout est interconnecté, si tout s’influence réciproquement, alors cela crée nécessairement un mouvement, chaque chose met en mouvement les autres.

Notre étude dans n’importe quelle domaine doit toujours chercher les liens entre les choses et les voir en mouvement. Par exemple si je veux comprendre l’économie française, je dois aussi comprendre l’économie des pays avec lesquels la France commerce puisque nos économies sont liées avec d’autres pays. Donc pour comprendre l’économie française, je dois comprendre l’économie mondiale.

Ou encore, si je veux comprendre pourquoi un individu mène une vie et pas une autre vie, je dois regarder l’environnement avec lequel il interagit pour comprendre sa vie.

Un autre exemple.

Deux pays sont en froid, ils sont en conflit diplomatique pour un territoire qu’ils se contestent. Les deux pays se menacent, le pays A menace le pays B et le pays B menace le pays A. Ces menaces sont alors de plus en plus violentes puisqu’elles s’auto-entretiennent. Le pays A déploie son armée, le pays B déploie alors sa flotte, etc. jusqu’à ce que la guerre éclate. On revient ici à l’idée du dialogue, de la dialectique donc.

Dans notre exemple, on voit bien que le conflit escalade à partir de lui-même. Le mouvement découle de ces contradictions, de ces interconnexions.

L’exemple montre aussi quelque chose d’important dans l’évolution. Le conflit est d’abord dans la quantité : toujours plus de menaces, toujours plus de manœuvres. Quand au bout d’un moment on franchit un saut qualitatif, c’est la guerre.

De la même manière, tout dans l’univers passe sans cesse de la quantité à la qualité et inversement. Si je chauffe de l’eau jusqu’à 100°C, elle deviendra de la vapeur. Jusqu’à 99°C, nous étions dans un simple changement quantitatif, alors qu’à 100°C, l’eau change d’état et devient de la vapeur.

Dans la nature, dans la société, cela signifie qu’il y a des phases de longs changements insignifiants et que cette première étape prépare les phases de cataclysmes et de révolutions.

Ce problème se pose par exemple pour l’évolution des espèces. On sait que les espèces descendent d’autres espèces. Par exemple les humains ont pour ancêtre une espèce qui ressemble au singe. Mais à quel moment l’humain est devenu différent ? Eh bien la réponse est qu’il y a eu une longue phase où notre ancêtre a évolué lentement, et finalement à un certain stade, on pouvait clairement dire qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce.

La dialectique est une théorie orientée vers la compréhension du futur, une théorie nécessaire pour analyser et comprendre l’univers, les systèmes complexes tels que la société, l’économie et la nature.



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